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"Si ce n'est toi, c'est donc ton frère..."

Vues sociales
par Jean-Paul COSTA
Jean-Paul Costa, né en 1941, est juriste. Vice-Président de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, il a occupé auparavant de nombreuses fonctions parmi lesquelles Conseiller d’Etat, Président de l’Observatoire Juridique des Technologies de l’Information et Rapporteur général du Haut Conseil à l’Intégration. Il est notamment l’auteur de Le Conseil d’Etat dans la société contemporaine et Les laïcités à la française.
 
 
J'ai appris par la presse que la petite-fille de Maurice Papon aurait été "licenciée" d'un cabinet ministériel parce qu'elle est...la petite-fille de son grand-père. Si cette raison est la vraie, je suis extrêmement choqué d'une telle motivation.

Que Maurice Papon ait été condamné à dix ans de réclusion criminelle pour complicité de crime contre l'humanité est une chose ; que ses descendants en subissent les conséquences, en particulier sur le plan professionnel, en est une autre. Que je sache, une des caractéristiques d'un Etat de droit est que la responsabilité pénale est individuelle, et non clanique. Elle n'est pas une malédiction qui retomberait sur les héritiers du fautif jusqu'à la nième génération. "Le loup et l'agneau" est une très belle fable, qui montre élégamment ce que peut être une responsabilité par ricochet ou par amalgame, édictée par un accusateur pervers et de mauvaise foi. Encore une fois, je ne connais pas tous les détails de cette affaire et je n'exprime donc qu'une réaction " prima facie ", mais je crains que ces informations ne soient exactes et ne traduisent un sentiment de vengeance qui, comme disait Maurice Garçon, est le contraire de la justice, absolument; à plus forte raison si elle frappe une personne qui n'a commis d'autre délit que celui d'avoir des aïeux (si elle n'en avait pas, comment serait-elle née ?). J'ai également lu que des réactions saines se sont manifestées à la suite de cette mesure administrative, mais j'aimerais qu'elles suscitent un écho plus large. Comme disait à peu près Péguy, il y a quelque chose de pire qu'une âme perverse, c'est une âme habituée. Notre société connaît bien des dérives, notamment éthiques. Pour ma part - et m'exprimant à titre personnel et non à raison de mes fonctions passées ou actuelles -je voudrais attirer l'attention sur ce qui pourrait n'être qu'un fait divers, mais qui me semble en réalité un grave dérapage, qu'il est peut-être encore temps de contrôler.
   
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