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Fiac 2005

Vues culturelles
par Judith SOURIAU
Née en 1982, diplômée en philosophie et en histoire de l’art, Judith Souriau est commissaire d’expositions. Elle travaille à Paris (Centre Pompidou, 2006-2007) et à l’étranger (Outside the Box, The Annex, New York, 2006 ; Dialogue, Ventilo Galerie, Bruxelles, 2007).
E-mail : judith.sou@free.fr
 
A la Fiac 2005, qui se tenait Porte de Versailles du 6 au 10 octobre, la galerie Kamel Mennour présentait un triptyque de Djamel Tatah, trois figures identiques répétées qui semblaient fonctionner comme une anaphore. Trois silhouettes pâles et presque désincarnées, comme tous les personnages de Tatah, semblant pénétrer sur la pointe des pieds un espace uniquement composé d’aplats de couleur vive, criarde comme pour renforcer la blancheur des mains et des visages, et dont l’immatérialité rend la composition irréelle. Les corps vêtus de noir semblent choir en un mouvement indéfini, les yeux sont grand ouverts, le regard à la fois fixe et vide, perdu, sans accroche. La répétition est troublante : trois figures identiques, ou une seule trois fois reproduite ? Le même personnage dans trois attitudes différentes ne nous aurait certainement pas interpellés de la même manière ; ici il est saisi, fixé dans une position improbable qui semble suspendre l’instant et refuser toutes les catégories spatiotemporelles connues. Est-ce le monde de l’art qu’il observe de cet air atone, depuis le mur extérieur du stand de la galerie ? Djamel Tatah convoque un univers à la réalité équivoque, insaisissable, à la fois distant et percutant. Il retient sans solliciter, heurte sans provoquer.

Chez Georges-Philippe et Nathalie Vallois, Julien Berthier a, de son côté, trouvé un nouvel indice de mesure universel. Parcourant le Canada avec une toise fixée arbitrairement à 5,24m, il retrouve dans le paysage une série d’éléments répondant exactement à cette mesure, qu’il photographie. Le reportage, non dénué d’humour, nous rappelle la relativité de nos perceptions et la contingence de nos repères traditionnels.

C’est peut-être cela qu’il faudra retenir de la Fiac : la fragilité des catégories sur lesquelles reposent nos jugements. L’idée de pouvoir percevoir ce qui nous est proposé selon un mode nouveau. Critiquée ou célébrée, perçue parfois avec défiance, trop rarement avec bienveillance, la création contemporaine garde en tous cas la capacité de nous surprendre.

(Liens : www.djameltatah.com; www.galeriemennour.com; www.galerie-vallois.com )
   
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