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Lettre ouverte aux Business Angels : la règle des cinq P

Vues économiques
par Pierre-Yves LE BIHAN
Une enfance heureuse et une adolescence studieuse, les grandes écoles, un service militaire (Marine Oblige) dans les Mers du Sud, une jolie famille.
Quarante ans de carrière dans l’Informatique pour y diriger des sociétés et associations professionnelles. Un goût prononcé pour : Le Venture Capital, les Technologies de pointe et leur impact sur la vie des entreprises, le montage de Réseaux d’Excellence MAIS aussi les Arts Plastiques, la Poésie, et, bien entendu, la Pêche en mer…
Il me faudrait deux ou trois vies …
E-mail : pylb@free.fr
 
En matière de Capital-risque ( que l’on appelait naguère ,souvenons nous en, « capital romantique ..…« ) Et particulièrement dans le domaine des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, sur des Start-Up au stade d’amorçage, il est hautement souhaitable de décider bien et vite.

Pourquoi BIEN : L’expérience m’a montré que, sur dix start-ups choisies dans les NTIC pour un investissement « romantique », en moyenne cinq meurent tôt, trois vivotent, et l’investisseur reste « scotché dans le back seat « (collé sur le siège arrière) pour parler comme les jeunes traders, et deux prospèrent et paient pour les huit autres.
Encore faut-il que les « deux » fassent bien partie du portefeuille et de préférence, dés le départ. Il faut donc bien choisir, pour être sûr d’avoir au moins ces deux là parmi les dix …Question de bon sens.

Mais pourquoi VITE ? Parce que, dans le monde frénétique des NTIC, l’Histoire repasse les plats encore moins qu’ailleurs:Impossible en un temps bref de faire une étude sérieuse du « cash flow actualisé sur cinq ans, du « return on equity « et autres calculs paisibles. Difficile aussi de faire un audit technique approfondi, laborieux de faire de longues études de marché sectorielles. Il faut donc flairer et prendre son risque.

Comment donc flairer avec un minimum de rationnel ? L’essentiel en la matière est de mesurer vite les qualités des fondateurs et dirigeants pour voir si elles sont suffisantes pour constituer, de façon durable, une équipe gagnante, en partant du principe selon lequel, dans le cas positif, l’argent nécessaire au lancement sera trouvé : Autrement dit : Ne pas mettre l’argent en premier souci mais en second.
A cet effet je recommande vivement l’utilisation (après entraînement) de la REGLE DES CINQ P Sa formulation humoristique ne devrait pas dissuader le lecteur de la méditer et de la tester rétroactivement sur des cas réels vécus pour ne pas rééditer des erreurs passées qui auraient pu être évitées avec un peu de rigueur.

Les Cinq P sont : PIF, PUNCH, PEPS, POT et PI : Prenons les dans l’ordre si votre patience est encore intacte...

PIF : Est-il manifeste que cette équipe a du pif? Sent-elle bien les bons marchés? Discerne- t’elle bien les technologies prometteuses? Imagine-t-elle bien le lien possible
Entre le couple «fonctionnalités/performances»d’une nouvelle technologie et une attente plus ou moins confuse du marché? A-t-elle une bonne perception des qualités et défauts des acteurs concurrents présents(ou susceptibles d’apparaître à court terme) sur le marché pressenti? Sent elle bien ce que doit contenir une offre pour constituer un avantage durable et compétitif, démontrable aux hommes des métiers de l’entreprise et non pas seulement aux informaticiens? Entrevoit-elle déjà des déclinaisons possibles pour cette offre dans le moyen terme?

PUNCH : Cette équipe est elle déterminée à foncer dans un monde de brutes ? Est-elle moralement prête à prendre des coups et à se relever? A-t-elle le poids nécessaire pour que multiplié par le carré de la vitesse il confère une énergie cinétique suffisante?

PEPS:L’équipe est-elle suffisamment brillante pour se démarquer d’autres équipes concurrentes, déclencher la sympathie, donner envie qu’on la rappelle et qu’on lui donne sa chance ? Sait-elle monter des présentations et démonstrations frappantes ? Face à une offre prolifique dans un marché encombré et surmédiatisé, parvient-elle à trouver son style? Se distinguer mais sans strass ni paillettes… (La bulle Internet qui a éclaté naguère était beaucoup trop irisée…Comment a-t-on pu ne pas s’en apercevoir à temps ?

POT:Plus subtil! Au travers de l’histoire de l’équipe et de celle de chacun de ses membres (et sur des exemples précis) ont-ils eu de la chance? Ont-ils « tendance » à avoir de la chance? Savent ils forcer la chance si besoin est? Savent-ils saisir la chance qui passe et se préparer pour la suivante?

PI=: 3,1416. L’équipe maîtrise-t-elle bien ce nombre cosmique par lequel il convient de multiplier les évaluations initiales des ingénieurs quand il s’agit des durées et des coûts de conception et de développement d’un produit?
L’expérience démontre (croyez moi !) qu’entre une maquette séduisante et un véritable produit fini, testé en long en large et en carré, en labo ET en clientèle, portable, et interopérable, documenté et normé, bref assorti de tout ce qui permet de le vendre et de l’installer sans encombre (il y a TOUJOURS un travail plus important que celui qu’estiment les développeurs optimistes par nature…)
Une sous-estimation dans ce domaine, et surtout au stade initial, détruit la confiance, bouleverse le Business Plan et compromet l’équilibre financier.
Bref,cette équipe a-t-elle les pieds sur terre ?A-t-elle »du poil aux pattes »?comme on dit dans le métier .Donne-t-elle les signes rassurants permettant de penser qu’il n’y aura pas de désagréables surprises qui ne manqueraient pas de décourager les clients et les investisseurs du deuxième tour ?

Dés lors, comment NOTER une équipe sur les cinq critères d’évaluation (Sachant qu’il faut aller vite) ?
Une notation simple et rapide s’impose : Sur chaque critère quatre notes sont possibles, de 1 à 4 : 4=très bon, 3=bon, 2=faible, 1=mauvais. : Avantages « docimologiques » de cette notation : Elle est simple, rapide, discriminante (il FAUT choisir entre 2 et 3) et la sommation des notes attribuées donne une « note sur 20 »dont l’appréhension nous est coutumière.

Et la Règle des 5P s’énonce simplement : Au dessous de 13sur20 : Passez Muscade ;
De 13 à 16 su r20 : Jetons un rapide second regard; au dessus de 16sur20 :Sautons dans le « band-waggon » (prenons le train en marche avant qu’il n’aille trop vite…)

Bien entendu, chacun peut, s’il le désire, ajouter un sixième critère de son cru ou encore accorer à chaque critère une pondération personnelle : par exemple: donner au critère PIF plus de poids qu’au critère PEPS .Mais Attention ! Le mieux est l’ennemi du bien…Un marteau sophistiqué n’enfonce pas mieux les clous qu’un marteau bien en main…
Enfin cette notation, peu gourmande en temps, peut être effectuée par plusieurs personnes
Qui comparent leurs notations (après avoir évidemment caché leur copie…), ce qui élimine le risque d’un engouement ou d’une allergie purement personnelle.

BONNE CHANCE Messieurs les Hommes d’Affaires Angéliques ! Puisque vous êtes des anges, vous savez discerner le Bien du Mal et, comme vous avez des ailes, vous savez aller vite…
Pour sortir de la récession et de la morosité, regardez les Start-Up d’aujourd’hui, il en est d’excellentes .sachez distinguer les » capitaines » d’Industrie des « chevaliers »d’Industrie. Et que les meilleurs gagnent ! A vos ailes, Messieurs.
   
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