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Jacques Deroo

Vues-portraits
par François-Xavier SEREN
Déraciné perpétuel. Né à Marseille en 1958, j’ai grandi dans le sillage de mon père militaire. Un parcours aléatoire, improvisé au gré des ordres d’affectation. Nomade malgré moi. En 1980, j’embrasse la profession de photographe qui me permet d’observer et de comprendre mes contemporains, d’étudier ce qui constitue leurs racines, leurs liens, leurs appartenances à une région, à une culture. Avec mon appareil photo comme seul compagnon de voyage, je pars sur les routes. Nomade volontaire, cette fois, j’entreprends un travail qui tient à la fois du reportage et du documentaire.

De Point de Vue-Images du Monde à Vogue-Homme, de VSD au Figaro Magazine, des Compagnons du tour de France aux Demoiselles de la Légion d’Honneur, de l’aristocratie aux paysans, j’ai toujours axé ma démarche photographique autour du comportement des « tribus » qui composent notre société.

Aristocrates, bourgeois, paysans, ouvriers, déshérités, urbains, ruraux ont leur propre mode de vie et de pensée, leurs codes et leurs règles.

J’essaie de montrer la particularité de chaque groupe, et celle de chaque individu dans sa « communauté ». Donner à voir ces hommes et ces femmes modelés par les rites et coutumes de leurs appartenances, qui perpétuent des comportements et des valeurs qui forgent leur identité, leur ancrage culturel. Travail qui s’inscrit dans la durée où il prend tout son sens.

http://www.picturetank.com/deroo
 
Pendant plus de deux mois, j’ai suivi Jacques Deroo.

Entre un père alcoolique vivant de petits larcins et une mère immature qui boucle ses fins de mois avec quelques passes, la vie de Jacques Deroo était toute tracée. L’Assistance publique et son cortège de familles d’accueil plus ou moins bien intentionnées, les chapardages et les centres de correction feront le reste. Comment trouver sa place dans un monde qui vous a ainsi marqué au fer ? Les deux CAP qu’obtient le jeune apprenti – serrurerie et soudure – n’y suffiront pas. Alors, c’est la délinquance, la prison, la rue et leur compagnon : l’alcool. Jacques Deroo est devenu SDF. Grâce à quelques rencontres, grâce à l’Armée du Salut, il reprend pied. Dans les centres d’hébergement, il attrape le « virus du social », se transforme en homme de terrain, fait la connaissance de Patricia. Il commence une nouvelle vie, guère moins effroyable que la précédente, mais, cette fois-ci, il a un but : s’en sortir ; et s’en sortir avec et pour les autres.
   
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